mardi 10 septembre 2013

Félix Kir - Portrait.


Le Chanoine Kir est un des personnages emblématiques de la ville de Dijon. Il est connu dans le monde entier par son cocktail, le Kir, composé d’Aligoté et de crème de Cassis. Pourtant qui, même à Dijon, connaît l’histoire de ce personnage que d’aucun imagine parfois dans un lointain passé ?  



Felix Kir est né à Alise Sainte-reine en 1876 et est mort à Dijon en 1968 à l’âge avancé de 92 ans. Il est mort en 68 comme pour faire un ultime pied de nez à une société française en plein changement dans laquelle il ne se reconnaissait plus du tout.

AVANT GUERRE - CONTEXTE

Le Chanoine Kir était un curé très pieux et très 19ème siécle, très attaché à la fusion de l’Eglise et de l’Etat. En 1905 il va réagir très fortement à la laïcisation de la France et va commencer à s’intéresser à la chose publique et politique en combattant la Franc-Maçonnerie, le socialisme et le Droit de l’Hommisme. La crise économique va exacerber sa haine de la finance et de la modernité. Il va se rapprocher des thèses populistes allant jusqu’à flirter avec un antisémitisme social assez fréquent avant guerre. Les juifs vont servir de bouc-émissaire auprès du peuple pour expliquer le chaos du la finance et la crise sociale qui en découla. De grandes familles juives étaient alors à la tête de grandes banques et de grandes industries et l'amalgame a vite été fait. Il va détester Léon Blum et vénérer le Maréchal Pétain qu’il considère comme l’incarnation d’une France forte catholique et autoritaire.

PENDANT LA GUERRE

Pourtant, lors de l’occupation Kir va aller jusqu’à braver les officiers allemands en leur niant toute légitimité à marcher sur Dijon et ce dans une langue allemande irréprochable ce qui impressionnera l’occupant suffisamment pour qu’il soit redouté.  Il ne cessera de penser que Pétain est un grand homme tout en ayant le plus grand des mépris pour De gaulle qu’il appellera plus tard : « Charles le Temporaire ».

L’image d’Epinal que les dijonnais ont du Chanoine est celle d’un résistant de la première heure alors que les historiens ont démontré que Kir à bénéficié d’opportunités qui contribueront largement à sa gloire.

Tout d’abord il sera victime d’un attentat par deux français à la solde des occupants le 26 janvier 1944. Il recevra deux balles, une dans le bassin et une dans la poitrine qui sera arrêtée par son portefeuille. La Gestapo afin de se débarrasser du curé trublions l’enverra alors au Lycée agricole de Malroy en Haute-Marne. Il revint à pied de Malroy à Dijon (100km) pour arriver la veille de la Libération avec les chars des escadrons du 3eme Régiment d’Afrique débarqué en Provence. Kir est alors perçu comme le libérateur de Dijon. On le voit sur les films d’époque saluant les dijonnais en défilant avec les chars et les militaires rue de la Liberté le 11 septembre 1944. Les dijonnais vont vite oublier que Kir était pétainiste et hostile à De Gaulle et vont lui vouer une fidélité sans borne.



Souvent certaines histoires ont été attribuées à tort au Chanoine Kir. J’aimerai vous raconter celle-ci souvent attribué à Kir. Cette histoire a été racontée par Maurice Princet et Bernard Delapierre témoins et acteurs de cette fabuleuse histoire :

"Le dimanche 10 septembre 1944, pendant la grand messe de 10 h un officier allemand remonte l’allée centrale de l’église du Sacré Cœur.
Le curé Tattevin interrompt l’office, s’entretient quelques instants avec lui et le conduit à l’ambon. L’officier annonce qu’un train de munitions et d’explosifs est bloqué entre la gare de Porte neuve et le pont d’Epirey (manque de locomotive) et doit sauter dans la journée, provoquant sans doute de gros dégâts dans le quartier et surtout à l’église toute proche (vitraux).
Il invite la population à rester dans les caves, à ouvrir les fenêtres et à décrocher les lustres dans les maisons. Par contre, si des volontaires veulent éloigner le train, ils le peuvent.

A cet appel, relayé par notre curé, la nouvelle se répand vite et de nombreux habitants se retrouvent autour du train.
Il y a plusieurs rampes à passer vers le pont d’Epirey et le long de la route de Ruffey qui, pour être faibles n’en sont pas moins épouvantables, quant il faut, à bras d’hommes, les franchir wagon par wagon jusqu’à l’autre côté de la petite butte qui séparent les deux communes.
Un à un, les wagons sont poussés jusqu’à cette dépression, en passant derrière les usines Petolat.

A midi, 2 avions de chasse anglais survolent plusieurs fois cette étrange manœuvre. Tout le monde se retrouve dans les fossés.
Vers 15 h tous les wagons ont été déplacés.
A 18 h les allemands font sauter le train. Les déflagrations font trembler les maisons. Certains éclats d’obus ont été propulsés jusqu’au parc de la Colombière, mais aucun dégât dans la quartier".


KIR MAIRE DE DIJON

Kir profitant de sa popularité en laissant croire aux dijonnais qu’il était impliqué dans la libération de Dijon se présente naturellement comme candidat à la Mairie de Dijon.  Il sera élu en mai 1945 haut la main. Le personnage était d’une truculence légendaire. Il fascinait autant qu’il agaçait. Pendant toute sa mandature de Maire et de Député il n’a jamais gardé ses émoluments pour lui seul et les a largement partagé en faisant des dons fréquents. L’argent n’était pas son affaire. Il aimait la Gloire. Il ne savait pas dire non devant un chômeur qui venait réclamer un emploi à la Mairie ainsi Dijon à cette époque à connu un nombre insensé d’employés municipaux. Il était aimé du peuple mais sa démagogie était sans limite. Il a rejeté toute idée industrielle pour donner un essor économique à Dijon. Il a tout fait pour protéger le petit commerce. Il savait parfaitement entretenir sa popularité. Dès qu’il croisait un dijonnais il l’interpellait comme si il le connaissait personnellement ce qui ne manquait jamais de flatter allant jusqu’à demander des nouvelles de la famille.

KIR ET SON LAC.

Depuis le petit séminaire de Plombière où il était jeune prêtre, il rêvait d’un Lac à Dijon. Lorsque le destin lui permis d’être aux affaires il n’eut qu’une seule idée en tête. Créer son lac. Personne n’en voulait au conseil municipal. Un jour où la finalisation du projet était en discussion au Conseil Municipal il demanda un dernier vote à main levée. La seule main levée était la sienne…Il conclut la séance par : Projet adopté. Cela en dit long sur son humour, son autorité et son culot. C’est ainsi qu’en 1964 le Lac Kir est né.



KIR – UN PERSONNAGE TOUT EN CONTRADICTION.

Comment cerner la personnalité du Chanoine Kir ? C’est sans doute la chose la plus complexe car il était animé par des bons sentiments mais pouvait aussi se montrer redoutable de dureté. Nous évoquions plus haut sa générosité, il était capable de donner tout ce qu’il avait au premier pauvre qu’il rencontrait toutefois il était connu aussi pour ses colères, ses moqueries féroces envers ses adversaires. L’histoire la plus troublante est sans doute celle de la condamnation à mort de ses deux agresseurs pendant la guerre. Henri Perrot, 22 ans, et Louis Lointier, 45, appartenant à la bande des tueurs du service de renseignements allemands (SRA) dont il obtient l’exécution. Kir n’a jamais pardonné qu’ils osèrent intenter a sa mort.  On lui réclama son pardon maintes fois et à chaque fois il refusa en se justifiant par ces mots : « Je n’ai rien fait contre eux, je ne ferai rien pour ».  Ces deux agresseurs furent donc exécutés le 30 octobre 1946.

LA MORT DU CHANOINE

Félix Kir est mort en avril 1968, quelques jours avant les célèbres émeutes. Il n’aura pas eu de le temps de voir la défaite de son ennemi juré. Le Général. Le jour de son enterrement tout Dijon était là. La droite, la gauche, les athées, les fidèles…Tous sont venus saluer ce personnage d’un autre temps qui avait fini par toucher tous les cœurs par son authenticité et par son excentricité. Personne ne connaît vraiment son histoire et pourtant tout le monde connaît son nom. Son cocktail a fait le tour du monde…Souvent trahi du reste. A l’image de son auteur, peu importe le flacon…pourvu qu’il y ait son nom. J’espère que ces quelques lignes vous auront donné envie d’aller plus loin dans sa découverte. J’ai essayé de dépeindre le personnage du Chanoine le plus justement possible. Le pardon qu’il n’a pas donné à ses deux agresseurs, donnons le lui. C’était un homme de l’ancien testament comme le dit si bien Jean-François Bazin. Il y avait du Jehovah en lui pour ne pas dire du Jupiter.  Pourtant c’était un grand admirateur du Christ. La guerre l’a beaucoup marqué. C’est difficile de juger après coup. Les allemands ont fait à Dijon comme ailleurs beaucoup de mal. La vengeance était un sentiment dur sans doute mais compréhensible étant donné la proximité des faits. Felix Adrien Kir reste dans nos cœurs pour le meilleur. Pour le pire nous tâcherons d’oublier. Tous les maires qui ont suivi Kir sont des héritiers de Kir, de Poujade à Rebsamen. Tous s’en sont inspirés.  Que serait Dijon Plage sans le Lac Kir ? Pourrions-nous imaginer Dijon sans son lac aujourd’hui ? La réponse est non. Il n’aura pas laissé son nom comme grand politicien mais comme celui du mariage du vin blanc et de la crème de cassis. De l’acidité coupé par du sucré. C’était tout lui. Paix à sa mémoire.



Sources : Felix Kir par L. Muron – Felix Kir construction d’une légende par  L. Devance. Documentaire FR3 Bourgogne Franche Comté – Portrait de Félix Kir.


Images rares : Félix Kir nous parle de son projet de Lac.

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