dimanche 20 juillet 2014

Simone Weil : Une philosophe particulière

Simone Weil
Mais qui était donc cette étrange Simone Weil?  Aujourd'hui encore, même si je trouve que l'on en parle trop peu, elle reste une des références pour la plupart des penseurs du siècle dernier et de notre siècle.

Cette femme qui est née à la fin de la première décennie du XXe siècle et qui est décédé encore jeune à une trentaine d'années a marqué tous ceux qui l'ont connu.

Simone était issue d'un milieu plutôt bourgeois avec un père qui était chirurgien militaire. Elle avait un frère, André Weil,  qui lui aussi connu une destinée peu commune dans le monde des mathématiques. Les deux enfants étaient d'une  intelligence hors du commun.  Simone quant à elle, va décider de suivre des études de philosophie. Elle a décroché d'abord son baccalauréat puis va intégrer Normale Supérieur à Henri IV pour finalement obtenir une agrégation de philosophie. À cette époque il y avait peu de femmes qui sortaient diplômées de l'École Normale Supérieure.

La grande influence philosophique de Simone Weil fut d'abord Platon. Elle considérait Platon comme la source de la pensée occidentale. Elle fut également très influencée par son professeur à l'École normale supérieure, le philosophe Alain.  Alain va lui donner le goût de la chose sociale et de l'antimilitarisme. Elle retrouvait en lui une certaine pureté des sentiments et de la pensée. C'est à ce moment-là que Simone va se décider à consacrer sa vie aux autres. Il y a dans Simone Weil  quelque chose de Jeanne d'Arc. Ceux qui l'ont connu témoignent tous de sa force, de son illumination, de ses certitudes, de la profondeur de son regard, de sa bonté, de son humour, d'une certaine forme de candeur devant le mal et la guerre. Lorsque je parle de candeur il ne s'agit  aucunement d'une naïveté par ignorance mais plutôt par refus catégorique d'accepter le mal pour le mal. Du témoignage de ses proches il en ressort que c'était une femme souvent mal habillée, se souciant peu de la mode et des choses superficielles. Elle avait un aplomb pouvant parfois lui valoir quelques ennemis. Elle touchait souvent l'orgueil des gens du fait de son franc-parler.

Simone Weil est issue d'une famille juive agnostique. Pourtant elle va petit à petit découvrir le Christ et s'en rapprocher. Il y a dans Simone aussi quelque chose de Nietzsche. Lorsque Nietzsche dit "Dieu est mort" il parle surtout d'une certaine idée de la religion. Dans son Zarathustra  Nietzsche ébauche ce qu'il va appeler le "surhumain", un homme en quête d'élévation vers une forme de  sagesse. Même si la pensée de Nietzsche est très différente de celle de Simone Weilil y a chez eux deux  une seule et même forme de vision et de quête d'absolu. À une autre époque sans doute auraient-ils été considérés comme des prophètes.

Il est inutile de chercher une quelconque vérité ni dans l'œuvre de Simone Weil ni dans celle de Nietzsche.  il faut en revanche y voir  deux esprits remarquablement libres et intelligents ayant un projet pour l'homme autre que celui de la technique, de la croissance, de la volonté de puissance au service uniquement de la volonté de puissance. Tous deux sont  en recherche d'un objectif de progrès pour l'humanité. Nietzsche va chercher ce progrès dans une certaine forme d'esthétisme et d'exigence de culture et d'élitisme. Simone Weil,  quant à elle,  va chercher ce progrès dans une forme de paradis social loin des machines et plus proche de la terre. Elle va défendre son idée de l'enracinement pour dire combien il est important pour chaque individu de se construire sur des racines et des fondations solides. Tout comme Nietzsche elle va condamner la technique et l'accuser de déraciner les hommes et d'en faire une nouvelle forme d'esclaves.  il y a dans ces deux personnages quelque chose d'enfantin. Une forme de vision n'acceptant ni la corruption ni la routine. Il est hors de questions pour tous les deux de faire un quelconque compromis avec leur vérité. Ils vont connaître tous les deux un destin tragique. Tous les deux connaîtront la maladie assez vite.  Simone Weil,  de son deuxième prénom Adolphine,  mourra en même temps que les millions de déportés pendant la seconde guerre mondiale.  elle s'est laissée mourir de faim (ou de chagrin)  alors atteint de tuberculose.

 Il y a dans Simone Veil tout comme dans Nietzsche un amour étrange  et une fascination pour la personne du Christ.   il y a chez Simone particulièrement une relation qu'elle dit avoir avec la personne du Christ qui va faire qu'elle va sacrifier sa propre vie, se retirer du monde, comme dans un geste de rédemption. Elle a honte de voir cette humanité sombrer dans l'égoïsme et le déracinement de tout ce qui a fondé l'Humain.
Simone n'est une femme mystique qui est morte avec son secret. Elle a sans doute donné à la notion d'Agapê la plus belle définition.  l'Agapê en grec est une forme d'amour qui se différencie des deux autres mots qui signifient amour : Phillia et Eros. Elle explique l'Agapê  en décrivant comment Dieu a créé le monde non pas pour rajouter quelque chose sa gloire mais pour se retirer et laisser ainsi les hommes libres de devenir ce qu'ils doivent être. Pour elle ce retrait et la forme absolue de l'amour. Un peu comme des parents qui à un moment décident de se retirer pour laisser leur enfant prendre  son envol. Il s'agit de confiance et la confiance ne demande ni de contrat ni de preuves, la seule preuve est une preuve d'amour.

L'Agapê toujours selon Simone Weil  est l'attention  que nous nous devons les uns les autres. Lorsque le Christ dit "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé"  il ne voulait rien dire d'autre que cela.

Simone n'aimait pas la société capitaliste et individualiste qui était en train de se développer dans la technique car l'autre n'y avait pas beaucoup d'importance. Seule la réussite personnelle comptait. Il y a dans la démarche de Simone Weil  quelque chose qui s'apparente à la charité. Il y a comme ça dans un siècle de vie quelques individus qui sortent totalement de l'ordinaire. Je voulais lui rendre hommage à une époque où finalement  Simone Veil serait bien malheureuse.

La technique est de plus en plus oppressante, Twitter et Facebook sont devenus les espaces privilégiés pour se rencontrer.  La guerre est toujours présente dans de nombreux pays, la nature se meurt petit à petit et le climat se dérègle annonçant un futur menaçant.

Ma chère Simone tant que l'humanité ne sera pas réellement au bord du gouffre  rien ne changera. Il s'agit d'une poignée de Magnas  des finances et de la politique qui prennent les grandes décisions de ce monde. Tant que leurs propres enfants ne seront pas menacés ils ne lèveront jamais le petit doigt.




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